District 9, chapeau bas M. Blomkamp !

Publié le par Melle Bulle

 


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L'Histoire

En 1990, un vaisseau extra-terrestre se retrouve par accident dans le ciel de Johannesburg. Ses occupants, affaiblis et malades sont alors installés dans un immense camp de réfugiés. Vingt ans plus tard, alors que le « district 9 » est devenu une zone de non droit, une entreprise est chargée d’évacuer, voire de « nettoyer » la zone.
Le film s'ouvre sur une succession d'interviews, d'extraits de journaux télévisés, de reportages de rues ou encore des vidéos d'équipes d'intervention militaires. Le tout forme un documentaire plus vrai que nature sur l'arrivée des extra-terrestres sur la ville sud-africaine, introduisant avec une immense habilité les particularités des étranges visiteurs, ce que les humains leur accordent comme terre et comme estime et le début des tensions entre les deux communautés.
Un homme, Wikus, se trouve au centre du programme d’ "évacuation ". Cynique et amoral, il exécute sans remords l’expulsion et la traque des aliens récalcitrants. Touché par une substance d’origine extra-terrestre, son ADN va muter pour le faire devenir l’un d’eux.

Du projet au film

District 9 est le premier long-métrage du sud-africain Neill Blomkamp. Celui-ci vous sera bien entendu inconnu puisqu'il n'a jusqu'ici réalisé que des publicités notamment Nike et Citroën (souvenez-vous des voitures dansantes... Remarquables au passage) pour un hypothétique film Halo ou encore Alive in Joburg. Ce dernier pose les bases de District 9. En effet, suite à cette réalisation, il attire l'attention d'un cinéaste de renom en la personne de Peter Jackson. Les deux compères envisagent un premier temps de porter le jeu vidéo Halo à l'écran mais ils se voient bien vite refuser le budget nécessaire. C'est ainsi que pour 30 millions de dollars, Neill Blomkamp se retrouve à repenser Alive in Joburg pour accoucher d'un long-métrage purement science-fictif intitulé District 9.


Entre réalisme et fable politique


Sur ce schéma cohérent, "District 9" réussit à trouver le juste équilibre entre scènes d’action d’un réalisme saisissant et fable politique aux résonnances ultra contemporaines.

Dans le premier tiers du film, le réalisateur, Neill Blomkamp, cède un peu facilement à la nouvelle mode de la science fiction américaine. Rappelant un certain « Cloverfield », les scènes sont filmées comme un reportage télévisé, pour accentuer le réalisme et la proximité de l’action. Malgré tout, les images froides et brutales illustrent parfaitement ce chaos organisé où les aliens, parqués comme des animaux, subissent la loi du plus fort.

Le reste du film prend une tournure plus conventionnelle dans la narration. Moins éclatée mais pourtant toujours aussi intense par l'utilisation de la caméra à l'épaule pour filmer. Sans abuser des effets de style inhérents à ce procédé, l'image reste totalement immersive, entrecoupée parfois de vue de caméras de sécurité, rappelant l'effet authentique/témoignage du récit. Le tout fonctionne à merveille et Blomkamp prouve qu'il sait très bien manier la caméra (certains

pourraient bien s'en inspirer d'ailleurs) même dans les scènes d'actions, jamais "épileptiques", toujours lisibles.

Ici, il est clair que Neill Blomkamp surfe sur la vague [REC.], Cloverfield et compagnie mais...avec un talent tout autre. Ayant parfaitement assimilé les nombreuses sources d'informations de l'époque moderne et la puissance des images diffusées par ces médias, le réalisateur offre un aperçu extrêmement dense (les détails et informations jetés sur le spectateur sont innombrables) et pertinent des problématiques du film. C'est le premier point absolument remarquable du métrage, la maitrise absolue du procédé est totalement immersive, si bien qu'on se demande à un moment si ce n'est pas véritablement un vrai documentaire que l'on regarde. A l'image du trop ignoré Redacted de Brian De Palma, Neill Blomkamp utilise les médias modernes pour servir à consolider l'impression de réalité de son film. Le résultat est simplement bluffant.

 

2ème niveau de lecture: l'apartheid


Tourné en Afrique du Sud, le film évoque sans conteste l’apartheid. Le cloisonnement, les privations, et les expériences « médicales » sur les aliens renvoient à l’Histoire mais surtout à un passé très proche. Les soldats chargés de « l’évacuation » ont ainsi la gâchette facile et font curieusement penser aux GI envoyés en Irak.


Un anti-héros insupportable


A partir de ce point de départ formidable qui joue sur l’ambigüité du mot « alien » (en anglais son sens premier n’est-il pas celui d’étranger ?), le metteur en scène malin, également initiateur du scénario, va greffer une histoire de contamination sur un homme, qui va peu à peu se transformer en « crevette » (c’est ainsi que les humains appellent ces créatures de par leur ressemblance avec nos petits habitants des mers). Le script prend alors la direction alléchante de La mouche de Cronenberg, à la différence que la victime, ici, est un être peu sympathique, sorte d’anti-héros maladroit, travaillant pour le gouvernement, obsédé par la notion lénifiante de légalité. Individualiste, souvent insupportable, le personnage connaît une déchéance sociale foudroyante (il est accusé par les médias d’avoir eu des rapports sexuels avec les exilés) et une évolution particulièrement singulière, entre figure christique et parangon de romance d’un autre temps.



Des effets spéciaux  saisissants


C'est là l'autre point très fort du film, c'est à dire les effets spéciaux. Peter Jackson à la production assure la présence des studios Weta Workshop (déjà responsable des effets spéciaux de la trilogie le Seigneur des Anneaux ou de Fantômes contre Fantômes). Du vaisseau-mère aux armes aliens en passant par les extra-terrestres eux-mêmes, les effets spéciaux frôlent la perfection : l'incrustation est au top, le mélange synthèse / réel est parfaitement maîtrisé, le film est un modèle de qualité sur ce plan également. Il mérite que l'on s'attarde d'ailleurs sur deux points. D'abord les armes aliens, clairement inspirés des jeux vidéos tels que Half Life ou encore Halo, sont de brillantes réussites. Destructrices, bénéficiant d'effets spéciaux spectaculaires et pour le moins saisissantes par le résultat qu'elles donnent, c'est un vrai régal que de voir enfin les bonnes idées glanées de-ci de-là appliquées dans un film. Ensuite et surtout, c'est la représentation des aliens qui doit être vraiment saluée. Le boulot de Weta sur ceux-ci est fantastique, leur rendu est incroyable, l'animation autant que l'incrustation sont un sans-faute. Mieux encore, les expressions de ceux-ci sont d'une authenticité rarement vue, donnant un véritable capital émotion aux protagonistes xénos et notamment aux principaux, Christopher et son enfant, qui arriveront bien facilement à secouer le spectateur, un vrai tour de force!!!

Le film, truffé d’effets spéciaux intéressants et de décors post-nuke formidables, s’achève pour combler notre enthousiasme dans l’émotion tout en réfutant la niaiserie tout public (c’est quand même violent par moment, voire gore). Un grand merci donc à Peter Jackson d’avoir produit ce petit bijou au goût de culte !


Christopher/Jason COPE, Walkus/Sharlto COPLEY


Mais celui-ci ne serait rien sans l'acteur derrière cet alien, Jason Cope (qui assure d'ailleurs la gestuelle d'une dizaine de ces extra-terrestres). La conjugaison de talent de Weta et de celle de Cope accouche d'un personnage poignant, Christopher... Et puisque nous parlons des acteurs, il faut bien reconnaître ici leur formidable talent. Les innombrables intervenants sont tous crédibles mais c'est surtout Sharlto Copley qui explose dans ce film. Interprétant un des agents du MNU qui va faire une désagréable découverte au cœur de District 9, il fait preuve d'un talent tout à fait digne de nombreux superlatifs. Jouant un homme pris entre sa fidelité au camp humain et confronté à une culture totalement étrangère, entre fragilité et courage, il compose un personnage qui porte littéralement le film sur ses épaules. Citons aussi David James, le redoutable Koobus dont l'interprétation ne souffre aucune remontrance. Finissons par préciser le seul défaut du métrage, on aura tendance à reprocher un trop grand anthropomorphisme des aliens. En effet ceux-ci ont des préoccupations qui semblent bien trop proches des humains par moment...Celà étant dit, il s'agit d'un défaut vraiment mineur en regard de la globalité du film.



En bref, mon avis

 

Il n'est sans doute pas nécessaire d'entretenir plus avant le suspense à propos de District 9, celui-ci est simplement une claque inattendue, un petit bijou science-fictif.  

Une fois encore, Peter Jackson a réussi son pari. Proposer un spectacle grand public rythmé et efficace, qui retourne le schéma classique de l’invasion de la Terre par les aliens pour opposer une vision désenchantée sur la capacité de l’homme à intégrer la différence.

 

Chapeau bas M. Blomkamp!

Publié dans Culture & cie

Commenter cet article

Walpurgis 16/02/2010 10:58


Je vois en effet qu'on est d'accord sur ce film. Une belle surprise !
Comme tu le dis si bien dans ton article, tout est bien fait et Christopher et son enfant sont très touchants.


Melle Bulle 17/02/2010 08:08


Oui, tout à fait ! Je suis ravie que tu sois passé lire mon avis sur ce film !


Biblio 27/09/2009 09:52


Ton avis correspond parfaitement au mien. J'ai beaucoup aimé ce film qui sort des sentiers battus. Avec une mention particulière pour l'interprétation et surtout celle du anti héros très beauf que
l'on déteste au départ et qui finit par nous toucher alors que c'est salaud.


Melle Bulle 27/09/2009 13:59


Oui, c'est vrai, très beau jeu d'acteur pour le anti-héros ! Merci de tes commentaires!


IZO 24/09/2009 00:59


Le genre de film que t'oubli pas longtemps après la séance.
Beau texte!


Melle Bulle 26/09/2009 21:57


C'est clair ! Et encore merci pour ton passage ici!


BMR 23/09/2009 21:15


Ah ! cette scène où, devant les caméras, Sharlto Copley jubile et plaisante sur l'irrésistible bruit de pop-corn que font les embryons d'aliens quand ils éclatent alors que derrière lui ses
collègues armés de la MNU passent au lance-flammes les cabanes du bidonville ! La bêtise humaine à la puissance dix ! On ne peut ni mieux dire, ni mieux faire !
Blomkampt ratisse large (apartheid avec les panonceaux "interdit aux non-humains", nazisme antisémite avec les camps de concentrations et les expériences dignes de Mengele, opérations militaires en
Afrique ou au Moyen-Orient avec les cow-boys de la MNU, ...) pour faire une sorte de compile de tout ce qu'aura engendré notre sens aigu de l'hospitalité désormais réputé dans toute la galaxie.


BMR 23/09/2009 21:14


Ah ! cette scène où, devant les caméras, Sharlto Copley jubile et plaisante sur l'irrésistible bruit de pop-corn que font les embryons d'aliens quand ils éclatent alors que derrière lui ses
collègues armés de la MNU passent au lance-flammes les cabanes du bidonville ! La bêtise humaine à la puissance dix ! On ne peut ni mieux dire, ni mieux faire !
Blomkampt ratisse large (apartheid avec les panonceaux "interdit aux non-humains", nazisme antisémite avec les camps de concentrations et les expériences dignes de Mengele, opérations militaires en
Afrique ou au Moyen-Orient avec les cow-boys de la MNU, ...) pour faire une sorte de compile de tout ce qu'aura engendré notre sens aigu de l'hospitalité désormais réputé dans toute la galaxie.


Melle Bulle 23/09/2009 23:51


En effet, un film qui ne nous réconcilie pas avec l'espèce humaine !