Inglorious Bastards, l'âge de la maturité

Publié le par Melle Bulle



Once upon a time...

Aussi brillants soient-ils, les films de Quentin Tarantino ont toujours fonctionné en référence à, en hommage à. Cinéphile parmi les cinéphiles, groupie avant d'être idole, QT parvenait à chaque fois à trouver un ton personnel tout en s'appuyant sur les oeuvres et univers des autres. À ce titre, Inglourious basterds constitue une véritable révolution dans le cosmos tarantinesque : pour son sixième long, le cinéaste fanboy est devenu un cinéaste tout court. Bien entendu, il s'appuie plus ou moins consciemment sur des films passés, films de guerre comme drames romanesques ; mais c'est la première fois qu'un film de Tarantino fonctionne pour lui-même, par lui-même, aussi possiblement marquant pour les encyclopédies sur pattes que pour les nouveaux-nés du septième art. Rien que pour cela, Inglourious basterds marque sans doute un tournant dans la carrière du cinéaste.


Tarantino, l'âge de la maturité?

On n'ira pas jusqu'à parler de film de la maturité pour le metteur en scène, qui conserve une âme de gamin indépendamment de la gravité des sujets abordés. Mais Inglourious basterds est un pas vers un âge adulte qu'on n'est pas spécialement pressé de le voir atteindre. Aussi divertissant soit le film, Tarantino fait preuve d'une retenue incroyable dans l'exécution des scènes-clés. La première est peut-être la plus poignante et la plus insoutenable : sur le thème du nazi qui cuisine les honnêtes gens pour déterminer s'ils sont du genre à cacher des juifs, il joue à rendre chaque seconde plus pesante que la précédente, à créer le suspense à partir de dialogues anodins en apparence, à jouer le jeu de la séduction avec le personnage le plus pourri qui soit. Bien élevé, instruit, affable, mielleux, le colonel Hans Landa est peut-être le nazi le plus étonnant et déstabilisant de l'histoire du cinéma. Le genre de personnage que l'on n'arrive pas tout à fait à détester alors que la morale l'impose. Il faut un sacré talent d'auteur pour parvenir à créer un tel malaise sans même avoir l'air borderline ; il faut aussi un sacré interprète, et Christoph Waltz est celui-là. Est-il possible d'ajouter les félicitations du jury à son prix d'interprétation cannois ? Les autres acteurs, tous judicieusement choisis par Tarantino, sont d'une perfection égale, bien qu'évoluant dans des registres bien différents. À l'héroïsme très ricain teinté tocard attitude d'un Brad Pitt répond le glamour glacé et déterminé d'une Mélanie Laurent. Til Schweiger, Denis Menochet, Michael Fassbender et tous les autres mériteraient d'être cités.

Un film efficace

Inglourious bastards est également le film le plus simple de Tarantino, parce qu'il s'affranchit de toute déconstruction temporelle, de tout flonflon narratif, pour ne s'attacher qu'à l'essentiel : de bons personnages et une bonne histoire. La mise en scène est inventive et pleine d'idées, mais d'une discrétion étonnante. La linéarité de l'ensemble a quelque chose d'émouvant tant on sent Tarantino prêt à tout pour la préserver, trop attaché à l'univers qu'il a construit pour risquer de l'abîmer par un quelconque procédé. Comme dans Kill Bill, il s'agit à nouveau d'une histoire de vengeance très dialoguée : mais cette vengeance-là semble tellement plus viscérale, naturelle, débarrassée du moindre parasite. C'est peut-être aussi parce que le film est ancré dans la réalité d'une époque ô combien douloureuse qu'il atteint si précisément sa cible ; pourtant, Tarantino ne prend pas de gants avec l'Histoire et n'hésite pas à la triturer, à la modifier pour parvenir à son but : réussir une grande fresque violente et romanesque, à la fois urgente et ronde en bouche. La dernière demi-heure est un bouleversement de tous les instants, mais ne fait que confirmer les deux heures qui précèdent. « That might be my masterpiece », dit la dernière réplique d'Inglourious basterds. Les années confirmeront certainement que Tarantino avait vu juste.

Publié dans Culture & cie

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Walhan 10/10/2009 00:20


Je ne m'oblige jamais, surtout sur Internet, et scénariste, tout le monde l'est plus ou moins à partir du moment où il imagine et raconte une histoire.
http://walhan.over-blog.com


Melle Bulle 10/10/2009 08:25


Merci pour ton lien je vais aller y faire un tour !


Walhan 09/10/2009 22:01


En fait, on dit dans le métier
"On peut ne pas respecter les règles à partir du moment où on en a conscience."
Pourquoi, parce que dans ce cas, on peut transformer ces faiblesses en atouts par d'autres méthodes.
Mais dans ce film, je n'ai pas l'impression que Tarantino se soit foulé pour faire un bon film, je pense (et ce n'est que mon analyse personnelle) qu'il s'est fait simplement plaisir en se
concentrant sur des scènes qui lui tenaient à cœur plus que sur une narration globale.
Regardez ce film et vous remarquerez que vous pouvez le découper en séquences très distinctes, avec pour chacune un intérêt très fort, un thème spécifique. Un peu comme une succession de
"nouvelles" ou de clip vidéo.
Par exemple, cette discussion qui semble si longue: L'ensemble de la scène n'a pour intérêt que le discours et l'inquisition du chasseur de juif. Les autres éléments sont tellement loin derrière ce
thème...
Et je pense que c'est là le cœur de la division des spectateurs:
Certains ont appréciés la valeur de chaque scène, et y ont trouvé leur plaisir, d'autres ont cherché une vision plus globale du film et n'y ont pas trouvé leur bonheur.
En tant que scénariste et ex-fan (je plaisante, j'irais certainement voir son prochain film) de Tarantino, je trouve qu'il a bâclé l'ensemble au profit de petits plaisirs personnels.


Melle Bulle 09/10/2009 22:21


Quel honneur ! un scénariste sur mon blog ! Merci de tes explications, je suis désolée si tu t'es senti "obligé" de te justifier...Mais tu élèves le débat !


Walpurgis 09/10/2009 10:43


Je suis fan de Tarantino en général. Et j'ai beaucoup aimé Inglorious Bastards même si je l'ai trouvé un peu ytrop bavard (ex : le passage de l'auberge). Les acteurs sont supers mais Chritoph Waltz
crève vraiment l'écran !
Par contre, je ne comprends pas la remarque de Walhan : pourquoi il faudrait à tout prix suivre les règles de la dramaturgie ? Un peu de changement et de créativité sont les bienvenus.


Melle Bulle 09/10/2009 14:15


Disons qu'il y a peut-être plusieurs écoles : les puristes (qui suivent les règles à la lettre) et les novateurs (qui essayent de sortir des sentiers battus)... Sans jugement de valeur, il n'y a
pas les "bons" d'un côté et les "mauvais" de l'autre...


Walhan 27/09/2009 23:17


Bien entendu, c'est Tarantino...
Bien entendu, dans ce film, on rit, on tremble, on enrage...
La réalisation est au niveau, comme les acteurs ou les décors. Mais pour ma part, le scénario manque l'essentiel.

J'ai passé un bon moment en le regardant, mais je suis sorti déçu, et en voici les différentes raisons:
- Deux trames se côtoient mais n'interfèrent pas vraiment.
- Le groupe de chasseurs de nazis n'est que survolé, alors qu'on en attend plus, sinon, autant le réduire...
- Certains personnages sont gâchés

J'ajouterai qu'en dramaturgie, il existe deux règles essentielles:
- Retirer de l'histoire tout ce qui est inutile à sa compréhension
- Le héros doit être moteur de son succès (ou son échec)

Ces deux points ne sont pas respectés, ce qui est possible pour un scénariste qui les maitrise et les prend en compte différemment, mais pour ce film, à mon avis, c'est raté...

Je remarque néanmoins que le film reçoit des avis très partagés et qu'il n'y a pratiquement pas de moyen, soit tout bon, soit tout mauvais... Ce simple point tendrait à dire, indépendamment de sa
qualité, que le film mérite d'être vu.

Pour plus de détail, c'est ici: http://decouvertesdewalhan.over-blog.com/article-35232095.html


Melle Bulle 27/09/2009 23:27


Merci pour ton avis! Et le lien ! Je vais passer faire un tour ! On est pas obligé d'être d'accord! ;)


rubrique en vrac 26/09/2009 21:26


ça y est nous nous sommes geo localisé sur ta carte, et pour te dire que nous nous sommes lancé dans la création d'une communauté, en espérant t'y voir bientot


Melle Bulle 26/09/2009 21:58


Cool! je vais m'y inscrire ! Merci de vous être géolocalisés!