Soeur Sourire, de la gloire à la misère

Publié le par Melle Bulle



Après vous avoir parlé d'Audrey TAUTOU en Coco Chanel, je vous livre à présent mon avis sur le film de Stijn CONINX, Soeur Sourire... On en finit plus des biopics !

SYNOPSIS

Jeannine Deckers fille de patissiers est une adolescente mal dans sa peau qui a de gros problèmes relationnels avec sa mère. Elle rentre au couvent sur un coup de tête pour échapper à l'autorité parentale. Jeannine devenue Soeur Luc-Gabriel a des difficultés à s'adapter à sa nouvelle vie au milieu des dominicaines. Jeannine compose plusieurs chansons qui plaisent à un prêtre de passage dans le couvent. On lui propose alors d'enregistrer chez Philips la chanson " Dominique", son premier 45 tours sous le pseudonyme de Soeur Sourire. L'Eglise a bien l'intention de profiter de cette manne financière. Soeur Sourire sera tiraillée entre sa vie de religieuse et sa vie de star.

 

Un tempérament de feu

"Ce n'est pas parce que tu as raté ta vie que je dois rater la mienne". La jeune Jeanine a du tempérament. C'est sa mère qui en fait les frais derrière le comptoir de la petite boulangerie familiale dans un quartier ordinaire de la banlieue bruxelloise, à la fin des années 50.

La gamine est nourrie d'ambitions, mais il lui faut encore canaliser cette énergie. Recherche d'amour, quête d'absolu, soif de liberté, envie d'épanouissement, il y a de tout cela mélangé en son for intérieur et elle croit trouver sa voie en entrant au couvent chez les Dominicaines.


 

Dominique nique les Beatles !

4 petits couplets à la gloire d’un saint et une mélodie gentillette, 1ers au hit-parade mondial en 1963, devant des Beatles en pleine gloire ; des traductions en toutes langues ; une prestigieuse télé américaine venue en Belgique interviewer « Singing Nun » dans son couvent ; des paparazzi qui en font le siège... L’histoire de « Dominique », c’est presque toute celle de Jeanine Deckers, dite Sœur Sourire.

 

 


La descente aux Enfers d'une Soeur


Jeanine Deckers, elle, avait cru par ses mélodies susciter des vocations, ranimer la foi , contribuer à "moderniser l’Eglise". Elle n’a atteint aucun de ses objectifs. On voudrait pour cette milliardaire du disque sans un sou une autre fin : qu’avec ce beau souvenir en poche, sœur Luc-Gabrielle réalise en Afrique l’orphelinat de ses rêves ; ou qu’elle parvienne à cet amour humain dont elle se lamentait d’être incapable. Typique des adolescentes de l’époque éprises d’absolu, insatisfaites, décidées à tout pour échapper au destin tracé, on la trouverait aujourd’hui au théâtre ou dans une ONG. Avec une obstination jamais découragée elle fonce là où son intuition la conduit, sans mesurer que son entêtement à braver les interdits est porteur de tragique.

 


 

Un ton léger pour un tragique destin

 

J'ai été surprise par la légèreté de ton avec laquelle Stijn CONINX nous présente la fin de ce film, presqu'une "happy end"...


Une Cécile de France éblouissante

Une fois de plus Cécile de France se montre extrêmement talentueuse. 
Elle possède l'art de s'effacer derrière son personnage pour lui laisser la place, talent malheureusement assez rare au cinéma. Le résultat est épatant pour Cécile de France, qui donne toute son énergie aux contradictions d'un personnage intrigant, mélange d'innocence, de ténacité, d'enthousiasme et de conviction tout à la fois. Un film sobre, bouleversant. Jeannine Deckers était une écorchée vive, et même si sa biographie a été quelque peu adaptée pour les besoins du film, je pense que l'essentiel est là. Sa souffrance, son immense soif d'amour et de reconnaissance, son engagement, sa descente aux enfers en grande partie orchestrée par l'Eglise ... Le film met l'accès sur le drame de la carrière avortée de Jeannine,P mais avec une certaine pudeur sur la fin de sa vie. Pas de côté glauque et voyeur donc.
Le destin tragique de Jeannine Deckers est raconté de façon claire, la noirceur de sa vie étant corrigée par le sourire espiègle de Cécile de France. Irrésistible de naturel, Cécile de France en grande Duduche marrante, un peu garçon manqué, la coupe au bol et les lunettes ringardes, rend la bal(ll)ade agréable, ainsi que les seconds rôles, où brille Mme Tsilla Chelton en malicieuse doyenne du couvent. Un film sensible, sans prétention, à l’image du tube qui l’inspire.
C'est un projet auquel Cécile de France a été attachée dès les premières notes, il y a sept ans. Autant dire qu'elle a eu le temps de potasser sa partition.


Quelques bémols...

Je regrette toutefois le côté prévisible du scènario. On a l'impression que Soeur Sourire réagit toujours de la même façon : elle s'énerve, elle s'en va, elle revient...



 




Enfant révoltée, religieuse, star de la chanson, militante des droits des femmes, homosexuelle, morte par désespoir… Sœur Sourire méritait bien une adaptation cinématographique  à la hauteur de la vie extraordinaire de cette femme !

Publié dans Culture & cie

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