Prix Littéraire

Publié le par Melle Bulle

 

Culture 7352 [640x480]Bonjour Amis Lecteurs !

Tout d'abord veuillez m'excuser pour cette longue période d'absence, malheureusement, mes études (et ma vie débordante d'activités multiples) me laissent peu de temps pour écrire par ici.


Aujourd'hui nous allons parler roman.

Je fais partie d'un jury de lecteurs pour le prix Marguerite Puhl-Demange qui sera remis lors du prochain festival Littérature & Journalisme les 12, 13 et 14 avril Place de la République à Metz.

Les livres en compétition sont : Haut et Court de Philippe COHEN-GRILLET, La nuit tombée d'Antoine CHOPLIN, Rue des Voleurs de Mathias ENARD et enfin Nouilles froides à Pyungyang de Jean-Luc COATALEM. Je les ai eus la semaine dernière et je dois les lire pour le ... 18 février. Autant vous dire que je vais me faire un petit marathon-lecture.


Sur les 3 romans que j'ai déjà commencés, 2 m'ont fait une très bonne première impression alors que le 3ème me laisse de glace... (j'ai lu environ les 60 premières pages de chaque ouvrage).

Pour le moment, mes deux coups de coeur vont à Mathias ENARD et Philippe COHEN-GRILLET (avec un gros faible pour ce dernier). En revanche, j'ai beaucoup plus de mal avec CHOPLIN.

Je vais donc vous parler de ces ouvrages, et vu que je n'ai pas tout lu ça tombe bien, je ne risque pas de vous dévoiler la fin !

 

La nuit tombée, Antoine CHOPLIN (Editions La Fosse aux ours)

 

La quatrième de couverture :

"Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse laCulture 7357 [640x480] campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission. Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où ce qui a survécu au désastre tient à quelques lueurs d'humanité."


Mon avis :

A ce stade de mes lectures (mais je ne suis qu'à la page 33/122), je ne suis pas du tout emballée. Je trouve cet univers froid et impersonnel, je n'arrive pas à me passionner pour la quête de Gouri et le mystère qui entoure ce personnage m'indiffère totalement. Par ailleurs je n'adhère absolument pas au style de l'auteur. Certes la façon d'écrire renvoie au parler des ouvriers, mais cette façon d'abuser des phrases nominales et d'intervertir (quasi) systématiquement l'ordre logique des groupes grammaticales m'a profondément agacé. Je m'ennuye profondément. Bon, je pense que cet ennui vient également du fait que j'ai beaucoup de mal avec le thème de Tchernobyl. Les phrases courtes, lapidaires, les dialogues hâchés, non, vraiment, sur moi ça n'a pas fonctionné.


Extrait :

p31 : "Vers l'arrière, par l'ouverture laissée entre les deux pans de bâche, on a vu défiler les maisons du village. On est passés juste là devant, sur la route. Et, comme on s'éloignait, j'ai bien vu notre maison, malgré la poussière soulevée par le camion. J'ai vu Véra, debout contre le portillon, la paume de sa main gauche collée à la bouche et les yeux comme des billes. Et à ses pieds j'ai vu Piotr agenouillé, les fesses sur les talons, les mains posées sur le haut des cuisses. Juste devant lui, j'ai vu les deux chats morts. Disons plutôt, les deux bouillies de chats."


 

 

Nouilles froides à Pyongyang, Jean-Luc COATALEM (Editions Grasset)

Culture 7354 [640x480]La quatrième de couverture :

"Nul n'entre ni ne sort de Corée du Nord, le pays le plus secret de la planète. Et pourtant, flanqué de son ami Clorinde, qui affectionne davantage Valery  Larbaud que les voyages modernes, et déguisé en vrai-faux représentant d'une agence de tourisme, notre écrivain nous emmène cette fois sur un ton décalé au pays des Kim. Au programme : défilés et cérémonies, propagande tous azimuts, bains de boue et fermes modèles, mais aussi errances campagnardes et crises de mélancolie sur les fleuves et sur les lacs, bref l'endroit autant que l'envers de ce pays clos mais fissuré. Un journal de voyage, attentif mais distant, amusé parfois, jamais dupe, dans ce royaume énigmatique dont un diplomate américain affirmait récemment que l'on en savait moins sur lui que sur ... nos galaxies lointaines."


Mon avis :

Un ton et une jolie plume. Jean-Luc COATALEM signe ici un beau récit de grand voyageur. La Corée du Nord nous prend comme un coup de poing. Bien sûr, on n'a pas du tout envie de le suivre dans ce périple, d'ailleurs rien que le titre ne met pas en appétit (et pourrait dissuader un lecteur potentiel d'ouvrir ce livre), mais la lecture est agréable. On se surprend à rire sur des situations extrêmement graves et tristement véridiques. Mais cette distance ironique face à la réalité est certainement la dernière arme face à tant de désespoir. C'est incroyable comme cet univers m'a fait penser à celui d'Orwell dans 1984. La description des personnages coréens m'a fait penser à des playmobils. On se croirait dans un roman de science fiction ! C'est le voyage d'Ubu revu et corrigé par les Marx Brothers ! D'ailleurs si Ubu existait, il serait Coréen du Nord et s'appellerait Kim.


Extrait :

p24 : " L'avion d'Air China pour Pyongyang n'est pas plein. Nous avons évité de prendre Air Koryo, black-listée avec ses Iliouchine et ses Tupolev antédiluviens. Dans la carlingue, une quarantaine de passagers au plus : quelques occidentaux, des techniciens ou des hommes d'affaires, et des Coréens du Nord. En groupes. Veste bleue et raide, ornée du pin's de Kim Il-Sung sur la poitrine, on dirait des collégiens. Cette impression est renforcée par leur coupe de cheveux de garçonnet et leur taille modeste - le Nordiste faisant, en moyenne, 20 centimètres de moins que le Sudiste. Ce sont pourtant des "choisis"parmi les "durs"... car ils ont pu sortir. Mais ceux qui partent en mission reviennent (presque) toujours. En cas contraire, leur famille et peut-être leurs voisins seraient arrêtés et déportés. Le régime a inventé ce concept de "culpabilité par association" qui, emprisonnent les proches du fugitif, stérilise un milieu fertile à la sédition ("la semence des ennemis de classe, quels qu'ils soient, doit être éliminée sur trois générations", a décrété le leader en 1972). Difficile ensuite de vivre avec ce poids ! Certes, le transfuge sera libre, mais en poussant son caddie entre les rayons des grandes surfaces de Séoul ou en rêvant devant les boutiques branchées et hors de prix du quartier d'Apkujong, pourra-t-il oublier les siens jetés à cause de lui derrière les barbelés ? "

 

 

 

Rue des voleurs, Mathias ENARD (Editions Actes Sud)

 

La quatrième de couverture :

"C'est une jeune marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, justeCulture 7356 [640x480] trop avide de liberté et d'épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée il a appris quelques bribes d'espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l'âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C'est avec elle qu'il va "fauter", une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi.

Commence alors une dérive qui l'amènera à servir les textes - et les morts - de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l'amour  et les projets d'exil.

Dans Rue des Voleurs, roman à vif sur le vif, l'auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible à l'heure du Printemps arabe et des révoltes indignées. Tandis que la Méditerranée s'embrase, l'Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l'énergie du jeune Tangérois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d'un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d'improbables apaisements, dans un avenir d'avance confisqué, qu'éclairent pourtant la compagnie des livres, l'amour de l'écrit et l'affirmation d'un humanisme arabe."


Mon avis :

C'est à mon avis le roman qui remportera le prix littéraire. Quelques mois après les révolutions du printemps arabe, il s'agit ici du récit de la quête d'absolu du jeune Lakhdar. Il y a beaucoup de poésie dans les périples du jeune homme. C'est agréable de voir le style d'écriture évoluer au fur et à mesure que l'adolescent avance dans la vie (et se nourrit de romans policiers). Lakhdar nous raconte avec tendresse et émotion, et parfois violence, comment sa vie a basculé dans une longue errance faite d'ombres et de lumières avec pour toile de fond le printemps arable et la crise économique en Europe. Mais l'actualité ne va pas plus loin que le clin d'oeil pour planter un décor qui sert de toile de fond aux déboirs du jeune Lakhdar. Avec son humour, sa rage, sa gouaille, sa rage de rester libre et de connaître le monde, le jeune homme est très attachant. On découvre des personnages blessés, une jeunesse désenchantée. Le récit est très bien ficelé, avec un style limpide à la manière des conteurs arabes. Rue des voleurs fonctionne surtout comme une jolie et légère réflexion sur la quête de soi dans un monde agité, l'exil, l'errance et l'amour de la littérature. Un livre intense qui touche et interroge.


Extrait :

Allez, juste une "petite" phrase à lire d'une traite : "Et lorsque j'ai dû la quitter, aux environs de minuit, après avoir dîné, avoir bu un thé chez Mehdi, puis un autre, sachant que le lendemain elles partaient pour Marrakech, qu'il y avait peu de chances que nous nous revoyions, malgré sa promesse de s'arrêter à Tanger au retour, quand il a fallu affronter comme la veille ce moment si embarrassant des au-revoir, pour ne pas dire des adieux, alors que je m'étais demandé tout l'après-midi si je n'essayerais pas d'embrasser Judit, avec désinvolture, de poser mes lèvres sur les siennes et que nous étions là, Elena un peu en retrait, un peu effacée dans l'ombre de la saillie du balcon où clignotait toujours cet infect néon, à cet instant précis où les gens se regardent avec tendresse puisqu'ils s'en vont vers l'absence et le souvenir, quand le désir pointe d'autant plus aigu qu'il devine sa vanité face au départ de son objet, nous étions l'un en face de l'autre en silence, et j'étais incapable de rien faire sinon m'en aller, tout pris dans le flot de mes pensées romantiques de bazar, il était temps d'être un homme et de l'embrasser sur la bouche puisque c'était cela dont j'avais envie, cela dont je rêvais, et si nous ne faisons pas d'effort vers nos rêves ils disparaissent, il n'y a que l'espoir et le désespoir qui changent le monde, en proportion égale, ceux qui s'immolent par le feu à Sidi Bouzid, ceux qui vont prendre des gons et des balles place Tahir et ceux qui osent rouler une pelle dans la rue à une étudiante espagnole, évidemment ça n'a rien à voir mais pour moi, dans ce silence, ce moment perdu entre deux mondes, il me fallait autant de courage pour embrasser Judit que pour gueuler Kadhafi ! Enculé ! devant une jeep de militaires libyens ou hurler Vive la république du Maroc ! seul au beau milieu du Makhzen à Rabat, et cet instant s'étirait, nous venions de nous dire au revoir et c'est elle bien sûr qui a fini par approcher son visage du mien et poser un baiser ambigu, déroutant, sur un coin de ma bouche, un baiser qui pouvait à la fois passer pour une maladresse et un gage, toujours est-il que j'ai senti son haleine de si près, et la douceur de ses lèvres, que je me suis retourné comme un soldat de plomb après avoir serré un moment ses deux mains dans les miennes et que je suis parti presque en courant retrouver le monde des cauchemars." 

 

 

 

Haut et Court, Philippe COHEN-GRILLET (Editions Le Dilettante)

 

Culture 7355 [640x480]La quatrième de couverture :

"Un jour de septembre 2007, à Coulogne dans le Nord-Pas-de-Calais, les corps sans vie de quatre personnes, le père, la mère, le fils et la fille, ont été retrouvés pendus dans le salon du pavillon familial. Les raisons, comme l'enchaînement des faits, n'ont jamais été élucidés. Il était temps d'y remédier, Philippe COHEN-GRILLET l'a fait, quitte à tout inventer. Quoi de mieux qu'un bon roman pour révéler nos exigences comme un miroir dans lequel nous devrions nous reconnaître."


Mon avis :

A ce stade de lecture, il s'agit de mon roman préféré. J'apprécie que l'histoire nous soit racontée par un personnage décédé dès la première page. Oui, cela pourrait sembler morbide que toute l'action du livre soit perçue à travers les yeux du fils, mort, pendu lors d'un suicide familial collectif. Mais non, aussi surprenant que cela puisse paraître, ça passe, et plutôt bien. Dans cette satire sociale qui ne manque pas d'humour noir, le récit est truffé de gags qui tombent à l'eau et de formules qui font mouche. Car si le thème ne semble a priori pas très gai gai, que nenni, le ton donne le change. C'est vif, bien écrit, avec un humour décapant. Le style de l'auteur est journalistique, sans fioritures et frappe fort dans la dénonciation. Un humour noir qui éclaire les paradoxes d'un monde absurde. Haut et Court de ¨Philippe COHEN-GRILLET est un (premier) roman formidable dont chaque page est un régal.


Extrait :

"Pour éviter que tout ça dégénère en querelle conjugale, j'ai pris la parole  pour apaiser les esprits. D'autant que les assiettes étaient posées sur la table et que, en cas de querelle conjugale, la vaisselle a porté de main, ce n'est jamais très bon. "Ce n'est pas grave. Soeurette, va chercher la lettre s'il te plaît. Moi, je vais débarrasser la table." Finement joué. Ma soeur a grimpé à l'étage. Papa et maman se sont assis et j'ai rangé les assiettes dans le buffet de style Henri II assorti aux chaises.

J'allais m'emparer des couteaux et des fourchettes quand mon père a dit : "Laisse tomber. Ce n'est pas grave. On a assez perdu de temps comme ça". Ma mère a acquiescé : " C'est vrai." Ils étaient d'accord, ou, tout le moins, n'allaient pas se disputer : j'étais heureux.

Ma soeur a posé la lettre entre les quatre verres Pyrex, bien au milieu, sur le repose-plat où auraient dû se trouver les tomates farcies. Et nous sommes montés sur les chaises."


 

Et maintenant rendez-vous le 18 février pour connaître le nom du roman gagnant ! En attendant, je vous laisse, j'ai quelques romans à finir !

Publié dans Culture & cie

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Commenter cet article

Bulsara54 08/02/2013 22:11


Bah je sais pas compter jusque là... Par contre en terme d'affichage,pour ta réponse, je suis obligé de surligner le texte à la souris pour pouvoir le lire : t'as mis du rose sur fond rose? ;)

Melle Bulle 10/02/2013 18:14



Arf, oui, je devais modifier ! lol! Tu fais bien de me le dire ! :)



Bulsara54 08/02/2013 20:13


Ouais mais lire 3 romans en 15 jours aussi, on n'a pas idée hein... Alors que 3 romours en 15 ans, là je dis oui... Une fois qu'on aura défini ce qu'est un "Romour" évidemment... Un Roman d'Amour
par exemple?

Melle Bulle 08/02/2013 20:28



Non pas 3 ... 4 ! Et je ne te savais pas si fleur bleu ! ;)



cafardages 08/02/2013 20:07


content de te revoir moizelle Bulle

Melle Bulle 08/02/2013 20:30



Ouaip ! Moi aussi, contente de revenir ! :)