Gainsbourg, une vie héroïque de Joann SFAR

Publié le par Melle Bulle

C'est l'histoire d'un grand séducteur,
artiste écorché vif, provocateur impénitent

 

G7Eric Elmosnino compose un Gainsbourg plus vrai que nature dans "Gainsbourg, une vie héroïque", réalisé par l'auteur de BD Joann Sfar avec une fantaisie impressionnante.

Difficile de trouver casting plus branché, entre le chanteur dans le vent (Philippe Katerine), les actrices césarisées (Yolande Moreau et Sara Forestier), le top model mondialement connu (Laetitia Casta), la nouvelle spécialiste des biopics (Anna Mouglalis, qui a joué Simone de Beauvoir pour la télévision et campera bientôt Coco Chanel dans Coco Chanel et Igor Stravinsky) et la jolie star montante (Mylène Jampanoï). Ce "conte de Joann Sfar" – une mention exigée via la justice par l'une des compagnes de Gainsbourg, Jane Birkin, prend quelques libertés avec la biographie de l'artiste. Mais c'est pour mieux saisir sa vérité intime, estime son auteur, connu pour ses aventures du "Chat du rabbin", qui à 38 ans a publié près de 140 albums, dont les aventures de "Petit Vampire", "Pascin" ou la "Sardine de l'espace". L'enfance est au c oe ur de la première moitié de ce long G10métrage: on y suit, dans le Paris occupé par les nazis, le jeune Lucien Ginsburg, un garçon en culottes courtes affligé, pour son malheur, d'une terrible "Gueule de juif". Celle-ci devient bientôt un personnage indépendant qui symbolise à la fois l'instinct créateur et le mauvais génie de Gainsbourg. Jouée par l'acteur américain Doug Jones -qui avait personnifié l'humanoïde aquatique de "Hellboy" ou Pan dans "Le Labyrinthe De Pan"- pourvu d'une tête en latex à l'appendice nasal géant, cette figure apporte au film une dimension poétique, tantôt tragique tantôt humoristique. C'est la meilleure idée de Sfar, celle qui peut également le plus déranger. Il signe sa première réalisation qui s'ouvre sur un joli générique en animation. Son film d'animation "Le chat du rabbin" co-signé avec Antoine Delesvaux, doit sortir en juin. Après avoir campé l'artiste en jeune poète timide cloîtré dans sa chambre sous les toits, Sfar saisit le processus créatif "gainsbourien", émaillé de provocations flamboyantes et de pulsions autodestructrices, et les rencontres marquantes - on apprécie notamment celle avec Boris Vian-, au fil de scènes plutôt réussies.
G5G6Voici un film étrange qui flirte avec la structure infernale du biopic (misère, succès, rédemption) tout en se hissant au-dessus du genre par l’inventivité du cinéaste auteur de bandes-dessinées Joann Sfar, qui donne sa plume au peintre râté qu’était Gainsbourg, convoque l’excellent David Marti, auteur des effets spéciaux et maquillages des grands films de Guillermo del Toro  pour dessiner le double du chanteur et transforme finalement la vie d’un des plus grands compositeurs du XXe siècle (”je serai entre Schumann et Stravinsky” disait l’immodeste) en une suite de séductions flamboyantes et tristes.

Des Femmes archétypes

















G1G2Les femmes de la vie de Gainsbourg sont déclinées comme autant d'archétypes : France Gall (Sara Forestier) en adolescente mièvre, Juliette Gréco (Anna Mouglalis) l'irrésistible femme fatale, Brigitte Bardot (Laetitia Casta) la femme-enfant déjà sex-symbol, Jane Birkin (Lucy Gordon, qui s'est suicidée en mai) l'âme s oe ur, et Bambou (Mylène Jampanoï) la sulfureuse amante. Il s'agit d'un défilé d'icônes parfois réduites à une célèbre tenue, une poignée de mimiques et un phrasé exagérément calqué sur l'original -surtout la Bardot de Laetitia Casta. Chantées par les comédiens, les versions des tubes de Gainsbourg sont plutôt réussies. Pour le rôle de Serge, Joann Sfar s'est tourné vers Eric Elmosnino, un comédien chevronné venu du théâtre, qui au cinéma a déjà tourné avec Olivier Assayas, Bruno Podalydès ou Albert Dupontel. Son Serge Gainsbourg est impressionnant de vérité : ironie mordante, séduction, fragilité, élégance ou violence, tout y est.
Le conte de Joann Sfar intéresse finalement en se focalisant sur l’obsessionG3 érotomane de Serge Gainsbourg, l’homme qui a G4force d’écrire pour les femmes (et les hommes du troisième sexe) s’est féminisé jusqu’à rejeter sa douceur pour se composer son personnage de cynique un peu répugnant de la fin de sa vie, dont le cinéaste ne semble pas trop savoir quoi faire. L’homme qui a transformé La Marseillaise en une chanson d’amour reggae, son plus grand geste politique, avait compris que seule la féminité de l’homme sauverait l’humanité.

Publié dans Culture & cie

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Biblio 09/02/2010 06:02


Très inventif comme film avec un acteur vraiment impressionnant. Un très bon film.


Melle Bulle 09/02/2010 11:05


Oui, un film très original, ça change des biopics habituels !


Biblio 07/02/2010 08:37


Je vais le voir lundi.


Melle Bulle 08/02/2010 21:59


Alors, qu'en as-tu pensé ?


Ken Hart 03/02/2010 12:09


Venez écouter Radio Gainsbourg, ma Webradio dédiée à Serge Gainsbourg et à sa fille Charlotte, il ne reste plus que 30 jours avant qu'elle ne disparaisse faute d'auditeurs... Merci de m'aider à la
sauver en l'écoutant :)


Melle Bulle 03/02/2010 17:39


Il faut mettre un lien ! Donne-moi ton lien vers ta radio, je le mettrai dans l'article !