Incroyablement fort et extrêmement près, de Jonathan Safran FOER

Publié le par Melle Bulle

Il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas plongée dans une œuvre comme il m’est arrivé ces deux dernières semaines. J'ai terminé ce matin Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer traduit par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso aux éditions de l'Olivier.

Je l'ai lu sur le conseil de Coeur Noir qui m'avait mis en garde sur la portée émotionelle de ce livre. Il m'a dit: "Tu vas voir, c'est une lecture très forte." Tu m'étonnes.

Si il m'avait dit que j'allais autant sangloter en le lisant, je ne l'aurais pas pris. Mais sans doute que si, car je n'aurai pas imaginé que je puisse autant sangloter à la lecture d'un livre. Donc âmes sensibles, abstenez-vous. Ce livre est tragique. Tragiquement bien, mais quand même très tragique. Je suis sans doute particulièrement réceptive en ce moment, mais quand même.

 

Oskar est le moteur de cette «histoire de famille» qui attend d’être découverte. Son père est mort un an plus tôt dans les attentats du 11 Septembre et ça, ça ne s’explique pas, ça ne se comprend pas, quand on a neuf ans. Et lorsqu’il trouve dans les affaires de ce père disparu une clef à l’intérieur d’une enveloppe où se trouve seulement le mot «Black», Oskar se dit que cette clef apportera les explications manquantes.

Si ses recherches le mènent de rencontres en rencontres (il y a des millions de serrures qui pourraient être ouvertes avec cette clef et il y a beaucoup de «Black» à New-York) qui lui en apprendront sur le monde des adultes et lui-même, on découvre aussi en parallèle l’histoire de ses grands-parents, immigrés allemands.

Un thème qui pourrait sembler lourd mais qui ne l’est à aucun moment. Un ton aéré et dynamique dans la narration de ce petit garçon intelligent, vif et sensible.

 

Mais il n'y a pas que ça qui m'ait fait pleurer comme une madeleine. Il y a aussi les écrits du grand-père et de la grand-mère d'Oskar, dont l'histoire d'amour est d'une tristesse incroyable. Bref, j'ai pleuré toutes les deux pages environ, mais j'ai adoré. C'est le genre de bouquin qui vous fait interroger sur le sens de votre propre vie.

Ah oui, j'allais oublier: la forme. Si vous feuilletez ce bouquin, vous vous rendez vite compte qu'il y a des pages à moitié vides, du rouge, des photos...Chaque détail a de l'importance, tout est sur le même plan, il n'y a rien d'inutile...

Un roman pour adulte avec un personnage principal âgé de 9 ans, d’une naïveté lucide qui fait regretter l’âge de l’innocence. Les enfants ont face à la stupidité humaine cette arme incroyable qu’est le ‘‘pourquoi’’ et Oskar tire sur tout ce qui bouge écorchant au passage nos certitudes et le confort de la norme. Bien que les attentats du 11 septembre soient la toile de fond du récit, ne vous inquiétez pas, on ne sombre pas ici dans le patriotisme américain mais bien dans l’effondrement de l’univers d’un enfant et dans sa quête de vérité souvent bien cachée…

C’est un livre déroutant par sa mise en page audacieuse (ratures, photos, conversations numériques, multitude de pages imprimées sur la même rendant le texte illisible….), l’essai de Foer est une œuvre tout aussi esthétique que prenante. 450 pages que j’ai littéralement mangées, laissant mon assiette vide. Quoi que bien repu, j’aurais volontiers fait péché de gourmandise en le relisant tout de suite …

"Extrêmement fort et incroyablement près" est un roman particulièrement touchant mais jamais pathétique. Il ne manque ni d’humour ni d’inventivité et fait preuve d’une certaine clairvoyance sur le travail de deuil et les absents qui nous font changer. Ponctué de photos qui imagent et accentuent le propos, ce roman m’a positivement interpellée.

 

Publié dans Culture & cie

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Biblio 30/09/2009 13:26


Ce livre m'a énormément marqué car c'est un livre qui arrive a nous faire rire, a nous émouvoir et a nous faire réfléchir. Quand on ferme le livre c'est avec beaucoup de regrets que l'on laisse le
petit Oskar et son univers. Un livre que je relirai car c'est que du plaisir.


Melle Bulle 30/09/2009 13:35


Oui, tout à fait. Je viens de le finir, et j'ai déjà envie de m'y replonger!