Cherry Blossoms, des cerisiers et de la danse

Publié le par Melle Bulle

 

Bande Annonce de Cherry Blossoms

 

"Le Mont Fuji, est une montagne, ni plus ni moins"

 


Je suis allée voir Cherry Blossoms, film de la réalisatrice allemande Doris DÖRRIE dans le cadre des Lundis des Amis du Cinéma, au cinéma Le Palace de Romorantin, sans trop savoir ce qui m'attendait. Je pensais donc découvrir un film sur le Japon et suivre l'histoire d'un homme qui vient de perdre sa femme et qui souhaite réaliser le rêve de celle-ci : voir le Mont Fuji. Eh bien non, Cherry Blossoms, c'est beaucoup plus que cela! Je vais essayer de vous en parler un peu plus, sans vous en dire trop, promis, le but étant de vous donner envie d'aller voir ce film, un joli conte poético-philosophique... oups, je vais vous faire peur !



Il s'agit bien d'un film à l'esthétique japonisante, et on y retrouve donc quelques thèmes incontournables: les cerisiers, les contrastes nature/progrès, tradition/modernité (dans les vues de Tokyo, ses grattes-ciels, son hyper-activité et le contraste avec la petite danseuse de Butoh dans le parc, le Mont-Fuji), etc... Sauf qu'ici nous avons le regard d'une réalisatrice allemande, et non d'un réalisateur japonais. Plus facile de se projeter donc, en tant qu'européen, et de s'identifier à cet homme qui découvre le Japon.


Mais l'identification au personnage s'arrête là. Car, obsédé par la disparition de sa femme, qu'il cherche dans tout ce qui l'entoure, il essaye de la faire revivre, complètement perdu et désemparé sans elle. Sa "folie" le pousse à porter ses habits afin qu'à travers lui elle puisse découvrir ce qu'elle avait rêvé et n'avait pu accomplir sa vie durant. La culpabilité de Rudi, le mari devenu veuf, est telle qu'il décide de vivre ce qu'il a toujours refusé de connaître, privant sa femme de ses rêves. Décidément Doris Dörrie nous plonge dans une philosophie sensible de la vie et de la mort, du refus de l'oubli.



Trip in Japan, 2007


"An apple a day keeps the doctor away"

 


Le point de départ est assez déroutant. En effet, c'est Rudi, et non Trudi, qui est censé mourir le premier. Il souffre d'une maladie incurable, et son épouse vit dans la crainte perpétuelle de le perdre. Elle souhaite profiter au maximum de la vie, et vivre avec lui toutes les choses qu'ils n'ont encore pu réaliser, dont ce rêve viscéral de découvrir le Japon. Mais Rudi, scotché à ses habitudes, a horreur du changement et des aventures. Il ne souhaite pas quitter son petit village... Le développement du film est un pur moment de poésie. Outre le fait que notre petit monsieur va totalement basculer au cours de ce voyage initiatique, on se laisse charmer par la ravissante petite danseuse de butoh qui l'accompagnera dans sa quête. Le film questionne véritablement la notion d'éphèmère, l'acceptation de l'autre dans sa différence sociale ou culturelle, entraînant dans une valse poétique un couple de personnages intrinsèquement différents, et partageant pourtant la même souffrance. Quels choix devons-nous faire pour ne pas regretter? Et si nous devions mourir demain, que ferions-nous? Faut-il sacrifier nos désirs pour ne pas heurter nos proches? C'est quoi le bonheur?


La jolie surprise de ce film est le personnage de Rudi, magistralement interprété par Elmar WEPPER, qui se révèle à lui-même, en dépit de la force de la routine et de l'auto-dénigrement. Ecrasé par sa solitude, les conflits inter-générationnels, il est touchant et ce conte, inspiré de la tradition japonaise d'Ozu, lui permet de se regénérer et d'accèder à sa quête passionnée: se mettre en relation avec Trudi, sa femme bien-aimée à laquelle il n'a jamais su dire son profond amour. Et c'est Yu, petite danseuse de Butoh SDF, qui va lui ouvrir la voie jusqu'à l'aboutissement évident de sa recherche. Cherry Blossoms est donc une oeuvre sur le deuil, oui, mais surtout une métaphore subtile et poétique de la vie à travers les cerisiers, symboles du bonheur éphémère. La réaction de Rudi face à la mort brutale de son épouse est un réflexe vital qui le poussera à dépasser ses limites.


L'autre bonne surprise de ce film est la justesse d'interprétation des acteurs. Elmar WEPPER ne tombe jamais dans le pathos. Au contraire, son jeu fait ressortir les subtilités humouristiques de son personnage, et à plusieurs reprises Rudi, père avare de compliments et mari incapable de dévoiler ses sentiments nous fait sourire par sa maladresse, sa rigidité et son petit côté désuet. Saluons également la performance de Aya IRIZUKI, danseuse professionnelle, elle n'est pas actrice mais sa fraîcheur et sa philosophie apportent au film une touche de sensibilité poétique...


Enfin, en ce qui concerne la forme, on appréciera (ou l'on détestera, c'est selon...) la longueur des plans fixes, véritables cartes postales et références avouées aux tableaux de l'artiste japonais Hokusaï. Cette langueur dans le choix de la réalisation sied parfaitement au film. Cela permet au spectateur de rentrer progressivement dans cette romance d'une infini sensibilité.


Bref! Vous l'aurez compris, je vous recommande vivement Cherry Blossoms, de Doris DÖRRIE, qui a tout de même reçu cette année les LOLAS (César Allemand) du Meilleur Film et Meilleur Acteur à la Berlinale 2008...


Melle Bulle

Publié dans Culture & cie

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